Festival international des arts de l’Ahaggar : Les savoirs ancestraux à sauvegarder
Publié par Saida le Janvier 13 2011 16:03:24
La journée d’hier du Festival international de l’Ahaggar comportait deux temps : la matinée a été scientifique ; la soirée, à l’instar de celles qui vont suivre jusqu’au 17 janvier, a été consacrée à la danse et à la chanson. Quatre interventions suivies de débats étaient au sommaire de la journée scientifique qui a...

Nouvelles étendues
La journée d’hier du Festival international de l’Ahaggar comportait deux temps : la matinée a été scientifique ; la soirée, à l’instar de celles qui vont suivre jusqu’au 17 janvier, a été consacrée à la danse et à la chanson.


Quatre interventions suivies de débats étaient au sommaire de la journée scientifique qui a eu lieu à la maison de la culture Dassine de Tamanrasset. Les communications ont eu pour auteurs deux Français, un Burkinabé et un Algérien. Le premier conférencier, André Bourgeot, un anthropologue français auteur de plusieurs recherches portant sur le Sahara et le Sahel, est intervenu par une étude portant sur «La réserve de l’Aïr-Ténéré au Niger : approche méthodologique». C’est sur le même thème, à savoir «Le rôle de la réserve de Naziga dans le développement local» qu’a porté la communication de l’anthropologue burkinabé Ludovic Kibora.


L’universitaire algérien Aïssa Abdelguerfi, du laboratoire de physiologie végétale, a pour sa part présenté une étude réalisée avec son épouse, Mme Laouar Meriam, intitulée «Les ressources génétiques et les savoir-faire ancestraux : atouts pour un développement durable dans les zones arides et sahariennes et sources de convoitise et de biopiraterie». Le deuxième chercheur français, également anthropologue, le Dr Jérôme Megail, s’est penché sur «Le calendrier des activités profanes et sacrées, rythme des transmissions générationnelles».


Si l’on était amené à synthétiser en quelques mots les quatre communications on en viendrait à dire qu’il ne faut, dans aucune entreprise économique et sociale, marginaliser l’homme du terroir parce qu’il détient un savoir accumulé et des démarches sans la prise en comptes desquels tout projet sera voué à l’échec. Ce que semble corroborer M. Kibora, le Ranch de gibier de Nazinga (RGN), une réserve naturelle créée en 1979 sur des terres tribales arables, suscite l’adhésion parce qu’elle a été conçue avec l’implication des populations de l’aire en question et contribue d’ores et déjà au développement local grâce aux retombées du tourisme.


Les autres intervenants sont, pour leur part, venus avec des communications critiques à l’égard de ce qui a été entrepris au Niger et en France et de ce qui n’a pas été fait en Algérie.


André Bourgeot soumet à une analyse fine la démarche suivie par la WWF, la grande ONG de protection des animaux, et la Banque mondiale qui a imposé la réalisation d’une réserve à la population sur les terres desquelles cette dernière a été érigée transhument des pasteurs nomades et des agro-pasteurs touareg. Les territoires affectés à la réserve, censée devenir «le sanctuaire de l’addax», cette grande antilope du désert. Pourtant, selon M. Bourgeot, cet animal n’est pas visible en ces lieux. De plus, on a délimité comme si on clôturait et l’on a tenté de sensibiliser en recourant à des symboles inconnus dans la région.


En effet, la WWF a utilisé son sigle fondateur, le panda, pour tenter de convaincre les nomade du Ténéré de la nécessité d’enrayer la menace de disparition de l’addax, relève-t-il ; les populations ont tout de suite assimilé le panda à un chat qui, dans les croyances locales, ne bénéficie pas d’une bien grande sympathie. La réalisation du projet a été ainsi parsemée de bêtises de ce genre dont les plus importantes tendaient à limiter la liberté de circulation à des pasteurs qui n’ont jamais connu ni frontière ni espace confiné. En 1999, au vu de l’échec de la réserve, la participation des Suisses au redressement de la situation a permis d’aller vers les principaux concernés pour prendre en considération leur croyances et leurs rites, leurs besoins de transhumance, les point d’eau qu’ils fréquentent et les pâturages qu’ils utilisent périodiquement. Se basant sur cet exemple et sur d’autres, M. Bourgeot constate qu’il existe également une bureaucratie dont les intérêts ne sont pas ceux des communautés qu’elle est censée aider.


La communication de M. Abdelguerfi et de son épouse porte sur ce qui n’a pas été fait en Algérie, surtout au Sahara, et cela au détriment des Algériens, aussi bien au présent qu’au futur. L’Ahaggar et d’autres régions, indique-t-il, avec la spécialisation du climat désertique, les ressources génétiques (faune et flore), en devenant endémiques, se sont spécialisées en s’adaptant aux conditionsdu désert.


Elles ont développé des mécanismes de survie et de reproduction qui font d’elles, maintenant que la sécheresse tend à devenir une préoccupation mondiale, des centres d’intérêt d’importance stratégique. En étudiant leur comportement, les scientifiques peuvent arriver à des applications déterminantes pour l’avenir.


Il cite à ce propos les études de scientifique américains menées déjà dans les années 1970 dans l’Ahaggar sur cette génétique spécifique. Il remarque que du côté algérien, rien ne se fait sur cette génétique comme sur le savoir-faire des populations locales, qui ont accumulé d’énormes connaissances sur les plantes médicinales comme sur d’autres aspects qu’il convient de répertorier, de classifier et d’archiver afin d’empêcher, demain, les laboratoires des multinationales de nous nuire sur ce qui a d’abord évolué chez nous avant d’être breveté ailleurs.


La communication de M. Maigailinsista a porté sur «Les trésors de l’expérience humaine» durant des milliers d’années. La nécessité de l’étude et de la transmission de ces connaissances n’est plus à démontrer. C’est grâce à ces savoirs souvent assez pointus que les populations ont élaboré des calendriers qui sont souvent aussi des représentations du monde mais surtout des outils de programmation de l’activité agricole.


Rappelons que la soirée d’hier à été animée, de 20h30 jusqu’à minuit, sur une scène montée sur la place du 1er Novembre par des troupes targuies venues de toutes la région. La foule, nombreuse et festive, était composée exclusivement d’hommes, jeunes pour la plupart. Danse, cris, défoulement indiquaient que le spectacle était plaisant. On a noté la présence de cadres chinois du chantier hydraulique In Salah-Tamanrasset venus oublier, pour quelques instants, l’isolement et la dureté du travail en plein désert. A déplorer un carrousel de motos pétaradant au milieu des spectateurs sans se préoccuper de l’épais nuage de fumée provoqué par leurs engins. Un nez, même s’il n’est pas fin, aura senti aussi d’insistantes émanations de hachich, signe évident que des joints ont été fumés durant toute la soirée.


El Watan